Sondage IPSOS – CESI 14e vague de l’Observatoire Social de l’Entreprise

Déconfinement et redémarrage de l’activité : quels impacts sur les entreprises et l’organisation du travail ?

Regards croisés entre chefs d’entreprise et salariés

L’Observatoire Social de l’Entreprise, réalisé par Ipsos et CESI, réseau de 25 campus d’enseignement supérieur et de formation professionnelle, permet de faire régulièrement le point sur le moral des chefs d’entreprise et celui des salariés du secteur privé. Cette 14e vague, réalisée par téléphone et internet après la levée du confinement (du 19 mai au 10 juin 2020) auprès de 400 chefs d’entreprise et 1 000 salariés du secteur privé), met en évidence toute la brutalité de l’impact de la crise sanitaire sur le tissu économique, bien au-delà des conséquences mesurées après la crise de 2008.

Face aux mesures mises en place pour amortir ce choc sans précédent, cette enquête révèle également une grande compréhension des salariés, et une situation relativement apaisée dans les entreprises. Si la peur de perdre son emploi modère aujourd’hui les revendications des salariés, l’urgence sanitaire et économique ne doit pas éclipser l’impérieuse nécessité de donner du sens au travail. Cette autre urgence, rendue encore plus évidente dans une période exceptionnelle où l’on a célébré – et révélé – l’utilité sociale de toute une série de professions aujourd’hui en quête de reconnaissance financière et sociale durable, a en effet provoqué ou accéléré la quête de sens de nombreux salariés, face auxquels les entreprises ne peuvent rester sans réponse.

Les entreprises brutalement impactées par le choc sanitaire

Conscients de l’impact brutal de la crise sanitaire sur le tissu économique, les acteurs de l’entreprise n’ont jamais été aussi nombreux à anticiper une dégradation de la situation économique de la France depuis le début du suivi de cet indicateur en 2016 : 66% des chefs d’entreprises pensent que la situation économique de la France va (encore) se dégrader dans les mois qui viennent (+18 points par rapport à octobre 2018), les salariés étant encore plus pessimistes (74% ; +21). Seuls 13% des chefs d’entreprise et 11% des salariés croient au contraire que le pire est derrière nous et que la situation va s’améliorer.

Chefs d’entreprise comme salariés n’ont jamais été aussi pessimistes en ce qui concerne l’évolution de l’activité de leur entreprise, bien plus qu’après la crise de 2008 : 54% des chefs d’entreprise anticipent une baisse d’activité (en hausse spectaculaire de 40 points par rapport à octobre 2018, et de 20 points par rapport à 2009), 33% une stabilité et 12% seulement une hausse d’activité, alors même que l’activité est au point mort pour beaucoup de structures. Ce n’est pas la baisse de l’optimisme des chefs d’entreprise qui est surprenante, elle était attendue. C’est la violence du mouvement, unique depuis la création du baromètre qui a connu d’autres crises (en 2008) et baisses d’activité (en 2012 par exemple). Les entreprises de 250 salariés et plus et celles évoluant dans le secteur industriel tablent encore plus fréquemment sur une baisse d’activité (respectivement 61% et 58% contre 54% au global).
Les salariés sont à peine plus optimistes, avec 21% qui anticipent une hausse d’activité (-15 points par rapport à fin 2018), 40% une stabilité et 39% une baisse d’activité (+25 points par rapport à 2018 mais aussi +11 points par rapport à 2009).

L’optimisme des chefs d’entreprise avait atteint un niveau record en 2018 dans de nombreux domaines. Sans surprise, tous les indicateurs chutent fortement : 73% sont désormais optimistes sur le maintien de l’emploi dans leur entreprise (-11 points par rapport à 2018 malgré un recours massif au chômage partiel, qui explique cependant que l’optimisme reste majoritairement de mise), 66% (-18 points) sur le niveau de stress de leurs salariés. Ils sont désormais une minorité à être optimistes quant au développement économique de leur secteur d’activité (49% ; -15), la possibilité de proposer des formations à leurs salariés (46% ; -19), leur capacité à embaucher (31% ; -12) ou encore l’augmentation des salaires ou du pouvoir d’achat de leurs salariés (28% ; -29). Bien qu’en forte baisse, ces indicateurs n’atteignent pas leur plus bas niveau historique.

L’optimisme des salariés chute lui aussi fortement, et atteint quant à lui des records négatifs sur plusieurs points : en ce qui concerne le maintien de leur emploi d’abord (66% ; -10 points par rapport à 2018, plus bas niveau observé depuis 2009), preuve que l’emploi est en train de devenir une préoccupation montante et majeure au sein de la population salariée. Le développement économique de leur secteur d’activité (47% ; -16) ou encore les possibilités de bénéficier de formation (42% ; -11) viennent ensuite.

Sans atteindre son plus bas niveau historique, l’optimisme est très peu de mise en ce qui concerne l’évolution du niveau de stress des salariés (38% ; -6 points par rapport à 2018), la capacité à embaucher (31% ; -20) et l’augmentation de leur salaire ou de leur pouvoir d’achat (22% ; -9).

Si les salariés comme les chefs d’entreprises considèrent que les six mois à venir vont être difficiles, leur opinion diverge quant à la sortie de crise. Les salariés anticipent très majoritairement une reprise rapide : 67% pensent qu’elle interviendra dans moins de 6 mois (42 points de plus qu’en août 2009). Les chefs d’entreprise se montrent plus inquiets : ils sont moins nombreux que les salariés à anticiper une reprise d’ici moins de 6 mois (39% d’entre eux, soit +21 points tout de même par rapport à août 2009) et plus d’un sur quatre (26%) n’envisage pas de reprise avant au moins un an.

Les aspirations post-confinement des salariés sont modérées par la peur de perdre son emploi

Dans le contexte de crise actuel, le maintien de l’emploi devient la première préoccupation des salariés (30% le citent en premier ; +8 points par rapport à 2018), retrouvant ainsi son plus haut niveau post crise de 2008 (30% en 2009). L’inquiétude est particulièrement forte chez les 50 ans et plus (39% citent le maintien de leur emploi en premier), les salariés de l’industrie (38%), des TPE (36% dans les entreprises de moins de 10 salariés), et fort logiquement chez ceux qui anticipent une forte baisse de l’activité de leur entreprise (53%).

Le niveau de salaire reste une préoccupation forte (25%), mais marque le pas face à la peur de perdre son emploi (-7 points). Cette préoccupation devance néanmoins le maintien de l’emploi quand les salariés anticipent une hausse ou une stabilité de l’activité de leur entreprise dans les six prochains mois.

Dans ce contexte difficile, les conditions de travail n’ont jamais été autant citées (22% ; +2), particulièrement par ceux qui anticipent une hausse d’activité dans leur entreprise (26%) et ceux qui télétravaillent tous les jours ou presque (24%). Il est probable que pour un certain nombre de salariés qui ont été confinés et ont appris à travailler différemment, le sujet des conditions de travail risque de devenir un peu plus important. Toutefois, si cette préoccupation atteint son plus haut niveau historique, elle n’explose pas non plus par rapport à 2018, preuve que l’épidémie de Covid-19 n’a pas vraiment accouché d’une révolution dans l’organisation et les modes de travail. Sur ce sujet, « le jour d’après » n’est pas pour demain.

D’ailleurs, d’autres résultats viennent confirmer ce diagnostic. Avec la crise sanitaire et le confinement, les aspirations des salariés ont certes un peu évolué, mais elles sont le plus souvent modérées, ce qui laisse présager certains rééquilibrages plutôt que des bouleversements profonds des habitudes, en tout cas pour la plupart des salariés : 78% ont certes envie de prendre plus de temps pour eux et leurs enfants (mais seulement 22% « tout à fait ») ; 52% de prendre du temps pour être solidaire des autres (7% tout à fait), 52% de se former pour acquérir de nouvelles compétences (11% tout à fait). Ils sont seulement une minorité à vouloir télétravailler plus souvent (42% dont 16% tout à fait), 36% à souhaiter réduire leurs horaires de travail (dont 7% tout à fait), 32% à envisager de changer de travail (dont 11%), 30% à penser changer d’entreprise (dont 10% tout à fait) ou 29% à avoir envie de déménager dans un environnement plus serein (dont 10% tout à fait), cette proportion s’élevant tout de même à 45% en Ile-de-France (dont 16% tout à fait).

Malgré les difficultés actuelles, une forme d’union sacrée mais qui reste fragile

Interrogés sur la situation interne et le climat social dans leur entreprise, les chefs d’entreprise, – et dans une moindre mesure les salariés – sont une majorité à juger favorablement la situation.

Aucun record négatif n’est atteint chez les chefs d’entreprise lorsqu’ils évaluent la situation dans leur entreprise. Au contraire, des records positifs sont observés en ce qui concerne le climat social en général (87% ; record d’octobre 2018 égalé) et l’adhésion des salariés aux grandes orientations (85% ; +9 points par rapport à 2018, record positif). Sans atteindre des niveaux records, les relations entre les salariés et leurs supérieurs hiérarchiques directs sont jugées très majoritairement favorablement (94% ; -3 points par rapport à 2018) et dans une moindre mesure en ce qui concerne les rémunérations (78% ; -6), la charge de travail (70% ; -20) et l’emploi (66% ; -7). Les chefs d’entreprise semblent considérer que les salariés ont pris la mesure de la situation et adhèrent à leurs décisions.

Si les salariés sont un peu moins positifs que les chefs d’entreprise, ils n’en restent pas moins une majorité à considérer que la situation est bonne sur l’ensemble des dimensions testées, des records positifs étant même observés sur le climat social en général (60%), l’adhésion des salariés aux grandes orientations de l’entreprise (56%) et les rémunérations (51%) ; les velléités d’augmentation étant sans doute minorées par la conscience de la difficulté de la situation dans laquelle se trouvent les entreprises.

Les salariés considèrent d’ailleurs majoritairement que leur entreprise a bien géré la période du confinement (75%), mais aussi celle du déconfinement (71%). Dans leur majorité, ils considèrent donc que leurs dirigeants n’ont pas démérité. Reste que près d’un quart des salariés considèrent que leurs patrons n’ont pas fait ce qu’il fallait face à la situation (23%). Par ailleurs, tant que le maintien de l’emploi est assuré, l’union sacrée devrait perdurer (sujet sur lequel les dirigeants et les salariés semblent rester optimistes) mais les craintes sont bien là et assez fortes : n’oublions pas que le maintien de l’emploi est désormais la principale préoccupation des salariés. Si le chômage venait à exploser, l’union actuelle pourrait rapidement voler en éclat.

Parmi les nombreuses mesures prises dans les entreprises pour faire face à la crise, on note un recours massif et inédit au chômage partiel (65% des chefs d’entreprise interrogés disent y avoir eu recours ; contre seulement 4% en 2009), ainsi qu’un gel de tous les recrutements (43% l’ont déjà fait), mais aussi l’obligation faite aux salariés de prendre rapidement tout ou partie de leur congés (31% l’ont déjà fait et 16% supplémentaires pensent que cela devra probablement être fait dans les 6 mois.

Enfin, parmi les mesures les plus fréquemment prises : le report ou l’annulation des promotions, primes ou augmentations (30% l’ont déjà fait ou pensent le faire dans les 6 mois), la réduction du budget formation (25% ; +7 points par rapport à août 2009, post crise de 2008), l’embauche de jeunes salariés en apprentissage ou en contrat d’alternance (24% ; -11 points), le non renouvellement des CDD, contrats d’intérim et périodes d’essai (17% ; +5[1]), les licenciements (14% ; +2 points malgré le recours massif au chômage partiel), la fermeture ou la vente de certaines de ses activités (11%) ou encore le transfert des salariés d’un service à un autre (8%).

Face à l’ensemble de ces mesures, les salariés se montrent avant tout compréhensifs (37%) et solidaires (32%). L’inquiétude vient certes juste après, mais à un niveau légèrement moindre qu’en 2009 (31% contre 36% en 2009). Seuls 14% déclarent être mécontents (-6 points), la résignation l’emportant (17%).

Si les salariés se montrent aussi compréhensifs, c’est parce que la confiance mutuelle est de mise : 70% des salariés déclarent faire confiance aux dirigeants de leur entreprise pour faire face aux enjeux de la crise (+1 point par rapport à 2009), et 98% des chefs d’entreprise à leurs salariés (+10 points par rapport à 2009).

[1] En 2009, l’item était « ne pas renouveler des CDD et des contrats d’intérim »

Au-delà de l’urgence sanitaire et économique, l’urgence de donner du sens au travail

Plus que des attentes de changements radicaux dans l’organisation du travail et des attentes massives de télétravail, la pandémie de Covid-19 et le confinement ont généré une véritable réflexion de bon nombre de salariés sur le sens de leur travail et leur sentiment d’utilité.

Les débats sur l’utilité des professions en 1re ligne face à la maladie ont été très prégnants. L’importance et la reconnaissance de l’ensemble de la population à l’égard des personnels soignants, des chauffeurs routiers, des éboueurs, des caissier(es) et d’autres professions ont accru une tendance déjà observée depuis plusieurs mois dans un certain nombre d’enquêtes. Dans le même temps, des entreprises ont fait le choix de réorienter leurs outils de production vers la confection de masques, de visières, de blouses, de gel hydroalcoolique ; montrant par là-même leur capacité à s’impliquer dans la défense de l’intérêt général. De nombreux salariés sont de plus en plus en recherche de sens et ce ne sont plus seulement les plus jeunes ou les salariés issus de la fameuse « génération Y ».

La crise sanitaire a donc accéléré cette tendance : les salariés considèrent aujourd’hui très majoritairement (83%) qu’il est important, voire essentiel, qu’une entreprise comme la leur soutienne des causes d’intérêt général, comme certaines l’ont fait pendant la crise sanitaire.

Les salariés estiment notamment qu’il est crucial que leur entreprise leur permette de donner un sens à leur travail (90% jugent cela « important ou essentiel », dont 55% « essentiel »), qu’elle leur permette de se sentir utiles aux autres (85% dont 38% « essentiel ») et dans une moindre mesure qu’elle montre à ses clients qu’elle participe à l’intérêt général (81% dont 28% « essentiel »). Au-delà de messages publicitaires et de l’affichage de valeurs, il s’agit donc pour les entreprises de donner sens à l’action de ses collaborateurs, un objectif au cœur de la loi PACTE, qui a fait évoluer la définition de l’entreprise en droit pour reconnaître la notion d’intérêt social et inciter les entreprises à s’interroger sur leur raison d’être.

Pourtant, un an après la modification du code civil pour consacrer notamment la notion d’intérêt social et au lendemain d’une période de confinement qui a été l’occasion d’introspection pour beaucoup de salariés, un dirigeant sur quatre n’a toujours pas prévu de réfléchir au sein de son entreprise sur la manière dont il peut contribuer à donner le sentiment à ses salariés d’être utiles aux autres (25% ne l’ont pas fait et n’envisagent pas de le faire) ou de donner un sens à leur travail (23%).

Surtout, plus de 6 sur 10 ont déjà le sentiment de l’avoir fait et ce chiffre est préoccupant. Car les salariés attendent de plus en plus des engagements forts, allant au-delà des simples déclarations d’intention, des chartes et des valeurs. Certes, les réflexions sur les nouveaux modes d’organisation du travail (généralisation du télétravail, utilisation de nouveaux outils de communication comme les visioconférences, etc.) suscitent des attentes réelles mais modérées. Mais la recherche de sens génère des attentes très fortes en termes d’engagement des entreprises dans les domaines du respect et de la sauvegarde de l’environnement, de la santé ou encore de l’engagement social. Cette dichotomie entre les attentes des salariés et des actions perçues comme encore trop timides pourrait très vite susciter des tensions.

Pour maintenir la motivation des équipes et retenir les talents dans un contexte où les hausses de rémunération et les perspectives d’avancement sont rendues incertaines, il est urgent que les entreprises répondent à cette quête de sens.

 

A propos de CESI

Réseau de campus d’enseignement supérieur et de formation professionnelle, CESI poursuit sa mission sociétale en permettant à des étudiants, alternants et salariés de devenir acteurs des transformations des entreprises et de la société, grâce à ses Écoles d’Ingénieurs, son École Supérieure de l’Alternance, son École de Formation des Managers et son activité de Certification. CESI, c’est la culture de l’excellence, de la promotion sociale et de la diversité. Pionnier en France dans les méthodes de pédagogie active et tourné vers l’innovation et les technologies, CESI opère dans tous les secteurs d’activités et forme aux métiers et compétences de demain dans l’industrie et les services, le bâtiment et la ville du futur. Il mène, par ailleurs, des activités de recherche dans son Laboratoire d’Innovation Numérique (LINEACT CESI).

En 2019, ce sont plus de 24 000 apprenants, dont 14 200 apprentis, qui ont rejoint les 25 campus présents sur l’ensemble du territoire français. CESI, c’est également 55 diplômes et titres ; 10 Mastère Spécialisé® comprenant 23 parcours d’excellence ; 10 000 entreprises partenaires ; 113,5 M€ de CA; 1 000 collaborateurs salariés ; 2 800 intervenants experts, un réseau de 75 000 diplômés. Implanté également en Espagne, en Algérie et au Cameroun, CESI développe plus largement des grands projets d’éducation pour le compte d’institutions internationales. Cofondateur de l’Institut de la réindustrialisation et de l’Institut InnovENT‐E, CESI participe également au débat public en publiant chaque année l’Observatoire Social de l’Entreprise.

A propos d’Ipsos

Ipsos est le troisième Groupe mondial des études. Avec une présence effective dans 88 pays, il emploie plus de 16 000 salariés et a la capacité de conduire des programmes de recherche dans plus de 100 pays. Créé en 1975, Ipsos est contrôlé et dirigé par des professionnels des études. Ils ont construit un groupe solide autour d’un positionnement unique de multi-spécialistes – Etudes sur les Médias et l’Expression des marques, Recherche Marketing, Etudes pour le Management de la Relation Clients / Employés, Opinion et recherche sociale, Recueil de données sur mobile, internet, face à face et téléphone, traitement et mise à disposition des résultats.

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