Regards de chercheurs avec Varsha Devi

Dans cette page :
- Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours, et de ce qui a façonné ta manière de faire de la recherche aujourd’hui ?
- Sur quoi portent tes travaux aujourd’hui et quels sont les principaux défis scientifiques que tu abordes ?
- En tant que femme dans un domaine encore très masculin, comment as-tu vécu ton parcours en IA ?
3 questions à Varsha DEVI
Enseignante-Chercheuse – Unité de recherche CESI LINEACT
Membre de l’équipe Ingénierie et Outils Numériques.
Arrivée sur le campus CESI de Nice en septembre 2024, Varsha Devi est chercheuse au sein de l’unité de recherche CESI LINEACT. Ses travaux portent sur la reconnaissance des émotions et des activités par intelligence artificielle. À la croisée de la causalité, de l’explicabilité et de la santé numérique, elle développe des systèmes d’IA capables de mieux comprendre les états humains, notamment dans des contextes où l’expression émotionnelle est difficile.
Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours, et de ce qui a façonné ta manière de faire de la recherche aujourd’hui ?
Je m’appelle Varsha Devi et j’ai rejoint CESI, sur le campus de Nice, en septembre 2024. À mon arrivée, nous n’étions que deux chercheurs à travailler sur les thématiques liées à l’intelligence artificielle sur ce campus.
Avant de rejoindre à CESI, j’ai travaillé dans le domaine de l’intelligence artificielle tout au long de mon master et de mon doctorat. Ma thèse portait principalement sur la causalité et l’explicabilité des modèles d’IA, des sujets essentiels puisque de nombreux modèles performants restent encore aujourd’hui de véritables « boîtes noires ». J’ai ainsi beaucoup travaillé sur la compréhension des raisons pour lesquelles un système prend une décision, en particulier dans des contextes d’interaction humain–système.
Avant mon arrivée à CESI, j’ai également participé à des projets liés aux smart classrooms, où nous utilisions des techniques de reconnaissance des émotions à partir des expressions faciales, dans un contexte éducatif. Ces expériences m’ont permis d’explorer très tôt les limites des modèles d’IA et de développer un regard critique sur leur fiabilité et leur interprétation.
J’ai commencé à travailler dans le domaine de l’intelligence artificielle autour de 2016, et au fil de mon parcours, j’ai pris conscience que l’on ne peut pas faire confiance aveuglément à un modèle d’IA. Cette prise de conscience a profondément façonné ma manière de faire de la recherche et m’a conduite à m’intéresser de près à l’explicabilité et à la causalité des modèles pendant mon doctorat.
Aujourd’hui, mes travaux sont davantage orientés vers des applications médicales et de santé numérique. Nous cherchons notamment à détecter et comprendre les émotions chez des personnes qui ont des difficultés à les exprimer, comme des personnes autistes ou atteintes de TDAH. Pendant mon doctorat, j’ai également collaboré à la conception d’un agent d’IA capable de comprendre les émotions à partir de la parole, dans des contextes de thérapie, notamment pour des personnes souffrant de dépression et peu à l’aise avec l’interaction humaine directe.
Toutes ces expériences ont construit mon approche actuelle de la recherche, avec un objectif clair : développer des systèmes d’IA intelligents, explicables et profondément centrés sur l’humain. Depuis mon arrivée à CESI, je collabore étroitement avec Amine BOHI afin de poursuivre et faire évoluer ces travaux.
Sur quoi portent tes travaux aujourd’hui et quels sont les principaux défis scientifiques que tu abordes ?
Aujourd’hui, mes travaux sont davantage orientés vers des applications médicales et de santé numérique. Nous cherchons notamment à détecter et comprendre les émotions chez des personnes qui ont des difficultés à les exprimer, comme des personnes autistes ou atteintes de TDAH.
Pendant mon doctorat, j’ai également collaboré à la conception d’un agent d’IA capable de comprendre les émotions à partir de la parole, dans des contextes de thérapie, notamment pour des personnes souffrant de dépression et peu à l’aise avec l’interaction humaine directe.
D’un point de vue scientifique, mes recherches visent aujourd’hui à améliorer les systèmes de reconnaissance des émotions en intégrant plusieurs sources d’information, ce que l’on appelle des modalités multiples. Pour l’instant, nous travaillons principalement à partir d’informations visuelles, comme les images ou les vidéos. Or, les émotions ne s’expriment pas uniquement à travers le visage : elles passent aussi par les gestes, la parole et les mouvements du corps.
L’un des objectifs à court et moyen terme est donc de concevoir des systèmes d’IA plus robustes, plus fins et plus proches de la réalité humaine, en combinant ces différentes modalités.
Un défi scientifique majeur concerne également la prise en compte du contexte. Introduire cette dimension dans les modèles d’IA est essentiel, mais cela peut aussi générer des biais, qu’il est nécessaire de limiter afin de rendre les modèles réellement utilisables dans des environnements réels, notamment en santé numérique ou dans des agents d’IA interactifs.
En tant que femme dans un domaine encore très masculin, comment as-tu vécu ton parcours en IA ?
C’est vrai que l’intelligence artificielle reste aujourd’hui un domaine majoritairement masculin. La plupart de mes encadrants et de mes collaborateurs ont d’ailleurs été des hommes.
Pour autant, je ne me suis jamais sentie découragée. J’étais très investie dans mon travail et, lorsque l’on est réellement passionnée par l’IA et l’innovation, la question du genre devient moins centrale au quotidien.
J’aimerais dire aux jeunes femmes qu’elles ne doivent pas penser qu’elles sont moins capables d’innover. L’IA repose avant tout sur des idées et sur la créativité. Si l’on a une idée et que l’on est capable de la mettre en œuvre, alors on a toute sa place dans ce domaine.
Je suis même convaincue que les femmes apportent souvent une manière différente et très pertinente d’aborder les problématiques. C’est une vraie richesse pour la recherche. L’IA est aussi un domaine très motivant, car on peut rapidement voir les résultats concrets de son travail. J’encourage donc vraiment les femmes à s’orienter vers ces carrières et à y apporter leur regard et leur créativité.
Le conseil de Varsha aux futurs chercheurs :
L’intelligence artificielle est aujourd’hui omniprésente. Elle doit être capable de comprendre l’humain de manière naturelle, en tenant compte des émotions, des gestes et de la parole. C’est un champ de recherche à la fois techniquement exigeant et profondément humain, où l’innovation doit toujours rester au service des personnes
Varsha DEVI