Regards de chercheurs avec Amine BOHI

Dans cette page :
- Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler sur l’IA émotionnelle et affective ?
- Sur quoi portent concrètement tes travaux aujourd’hui,
et à quels usages peuvent-ils répondre ? - Comment imagines-tu l’évolution de l’IA appliquée aux émotions dans les prochaines années ?
3 questions à Amine BOHI
Enseignant-chercheur – Unité de recherche CESI LINEACT
Membre de l’équipe Ingénierie et Outils Numériques.
Enseignant-chercheur à CESI depuis octobre 2022, Amine BOHI est membre de l’unité de recherche CESI LINEACT. Ses travaux portent sur l’intelligence artificielle appliquée à la reconnaissance des émotions et des états affectifs. À la croisée de la vision par ordinateur, de la robotique et de la santé, ses recherches visent à mieux comprendre et accompagner les personnes, notamment les publics âgés, dans des contextes de soin.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler sur l’IA émotionnelle et affective ?
Mon parcours a toujours été lié au numérique appliqué à la santé. Avant d’intégrer le CESI, j’ai travaillé pendant plusieurs années dans des laboratoires spécialisées dans le domaine médical, notamment à Marseille, sur des problématiques liées aux pathologies et au diagnostic.
Quand je suis arrivé à CESI, je me suis rendu compte que si la technologie s’intéressait beaucoup à la maladie en elle-même, les dimensions émotionnelles et le bien-être des personnes étaient encore peu explorés. J’ai eu envie de me tourner vers ce qu’on appelle la salutogenèse, c’est-à-dire tout ce qui contribue au confort, au bien-être et à la qualité de vie des patients.
L’IA émotionnelle s’est imposée naturellement, car elle permet de travailler sur des publics qui ont parfois des difficultés à exprimer leurs émotions, comme les personnes âgées atteintes de maladies neurodégénératives. C’est un sujet qui fait sens, à la fois scientifiquement et humainement.
Sur quoi portent concrètement tes travaux aujourd’hui, et à quels usages peuvent-ils répondre ?
Mes travaux de recherche portent sur le développement de modèles d’intelligence artificielle capables de détecter et reconnaître des états affectifs tels que les émotions, le stress ou encore la douleur, principalement à partir de données visuelles comme les images et les vidéos. Nous explorons également des approches multimodales combinant expressions faciales, voix et gestes, afin d’améliorer la robustesse et la fiabilité de ces systèmes.
Un des axes explorés dans nos recherches concerne la prise en compte du contexte visuel en complément des expressions faciales. Le visage seul ne suffit pas toujours à interpréter correctement une émotion : l’environnement dans lequel se trouve une personne joue un rôle important, mais peut aussi introduire des biais. Nous travaillons donc sur des approches permettant d’exploiter le contexte tout en limitant ces biais.
Ces travaux peuvent trouver des applications concrètes dans le domaine de la santé, par exemple en EHPAD. Les modèles développés peuvent être intégrés à des dispositifs interactifs, tels que des robots humanoïdes ou des agents conversationnels adaptatifs, capables d’interagir avec les résidents, d’adapter leur comportement en fonction de l’état émotionnel détecté et, si nécessaire, d’alerter les professionnels de santé. L’objectif n’est pas de remplacer les soignants, mais de les aider, en allégeant certaines tâches répétitives et en facilitant l’identification des situations nécessitant une attention particulière.
Comment imagines-tu l’évolution de l’IA appliquée aux émotions dans les prochaines années ?
Je pense que l’IA appliquée aux émotions et aux états affectifs va prendre une place de plus en plus importante, notamment dans les environnements de soin et d’accompagnement. Dans des structures comme les EHPADs, ces technologies peuvent contribuer à une meilleure prise en charge des résidents en apportant des indicateurs complémentaires aux équipes soignantes.
Cependant, il est essentiel de rappeler que ces outils ne doivent pas être pensés pour remplacer l’humain. Leur rôle est avant tout de soutenir le personnel de santé, en leur permettant de se concentrer sur les situations les plus critiques et sur l’accompagnement humain, qui reste indispensable.
À moyen terme, je vois ces systèmes évoluer vers des solutions plus fines, plus personnalisées, et mieux intégrées dans des dispositifs d’assistance, toujours dans une logique d’IA responsable et au service de l’humain.
Le conseil d’Amine aux futurs chercheurs :
La recherche en intelligence artificielle doit rester connectée aux besoins réels de la société et s’inscrire dans une démarche collective, en lien avec les professionnels de terrain. C’est à cette condition que l’on peut développer des solutions utiles, pertinentes et porteuses de sens.
Amine BOHI