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3 questions à Mickaël Delamare
Enseignant-Chercheur à CESI

En charge des programmes informatique et sciences du numérique (Direction des Études)

Depuis 2021, Mickaël coordonne les programmes Informatique et Sciences du Numérique au sein de la Direction des Études de CESI. Passionné par les pédagogies actives et la recherche critique sur l’IA, il veille à la cohérence des cursus tout en intégrant des approches innovantes fondées sur la collaboration entre enseignants, chercheurs et directions.

Il pilote également le projet stratégique CAIRE (Citizen-Oriented Artificial Intelligence for a Responsible Education), illustrant la puissance d’une dynamique collective entre directions pour penser l’éducation responsable de demain. Ce passionné de réflexivité a rejoint CESI après sa thèse à l’ESIGELEC, convaincu par les valeurs de l’établissement et son engagement pour une pédagogie humaine.

Si vous deviez résumer votre thématique de recherche en 3 mots, lesquels choisiriez-vous, et pourquoi ?

Capabilités – Médiation – Réflexivité

Capabilités, car je m’inscris dans une approche critique de l’IA en éducation : je cherche à concevoir des environnements d’apprentissage qui étendent les libertés effectives des apprenants, en particulier leur pouvoir d’agir dans des contextes hybrides (éducation/industrie). Je m’appuie sur la lecture éducative des capabilités proposée par Solveig Fernagu, qui les ancre dans des médiations contextualisées.

Médiation, car je développe des agents IA (type RAG) qui ne visent pas à remplacer l’humain, mais à jouer un rôle de médiateur technique, cognitif et pédagogique. L’IA est conçue ici comme un tiers facilitateur, qui soutient l’accès à des ressources, la compréhension, la reformulation et l’argumentation.

Réflexivité, car l’enjeu n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais de soutenir une posture réflexive de l’usager : le faire penser, comparer, douter, construire ses propres critères d’évaluation. Une IA bien conçue peut encourager l’analyse critique, l’auto-explication et l’ajustement de ses propres choix.

Quels sont les grands défis ou questions que vous rencontrez dans vos recherches aujourd’hui ?

Trois défis majeurs structurent mes travaux :

  • Comment créer une interface féconde entre les sciences de l’éducation et les computer sciences ?
    Il ne s’agit pas simplement d’appliquer des modèles techniques à des situations pédagogiques. Mon approche consiste à faire dialoguer les deux disciplines de manière réciproque : les sciences de l’éducation pour penser les finalités et les conditions d’usage, l’IA pour proposer des architectures (comme le RAG) capables de soutenir ces finalités cohérent : mieux comprendre les matériaux pour mieux les concevoir… et mieux les faire durer.
  • Comment traduire la théorie des capabilités dans la conception d’environnements numériques ?
    Il s’agit de concevoir des IA non prescriptives, sensibles aux contextes, capables de soutenir les libertés d’apprendre, de comprendre et de choisir. Cela implique un design éthique, centré sur les besoins et contraintes des utilisateurs, qu’ils soient apprenants, formateurs ou professionnels.
  • Comment articuler IA et pédagogie réflexive sans imposer une standardisation des parcours ?
    Le risque avec l’IA est de figer les profils, de prescrire des trajectoires. Je cherche au contraire à développer des agents adaptatifs mais ouverts, capables d’évoluer avec l’utilisateur, et d’encourager la pensée critique plutôt que l’automatisme.

En quoi votre travail peut-il améliorer notre quotidien ou comment nous interagissons avec les technologies ?

Mon objectif est de concevoir des agents conversationnels réflexifs, qui changent notre rapport aux technologies éducatives et professionnelles en les rendant plus humaines, ouvertes et critiques.

Concrètement, cela signifie :

  • Pour un étudiant : un assistant intelligent qui ne donne pas simplement des réponses, mais qui aide à comprendre, à douter, à reformuler, à explorer d’autres pistes ; Un compagnon réflexif, pas un moteur à solutions.
  • Pour un professionnel : un outil de soutien à la décision, qui intègre ses contraintes de terrain, son langage, ses contextes, et l’aide à apprendre en situation, tout en stimulant l’analyse critique de ses pratiques.
  • Pour un formateur : un partenaire qui ne remplace pas, mais augmente les capacités de médiation, en aidant à adapter les ressources, à individualiser les parcours, et à soutenir des formes d’apprentissage plus actives et critiques.

En intégrant la réflexivité dans les systèmes IA, mon travail vise à redonner le contrôle cognitif et décisionnel à l’humain. Cela permet de construire un futur technologique au service de l’émancipation, pas de la déresponsabilisation.

Le conseil de Silvio aux jeunes chercheurs :

Une IA responsable ne dit pas quoi penser, elle donne les moyens de penser par soi-même. Elle ouvre des possibles, elle n’impose pas des réponses

Mickaël Delamare