Regards de chercheurs avec David BAUDRY

Dans cette page :
- Comment est née ton envie de faire de la recherche ?
- Sur quels sujets portent aujourd’hui tes travaux de recherche ?
- Quels sont, selon toi, les grands enjeux de recherche pour les années à venir ?
3 questions à David BAUDRY
Directeur scientifique à CESI École d’Ingénieurs et membre de l’unité de recherche CESI LINEACT.
David BAUDRY est directeur scientifique à CESI École d’Ingénieurs depuis le 1er juillet 2026. Au sein de la Direction de la Recherche et de l’Innovation, il assure notamment la coordination et la prospective scientifiques et contribue à la construction de la feuille de route scientifique de CESI École d’Ingénieurs et de son unité de recherche CESI LINEACT.
Avant de prendre cette fonction, il était responsable de l’équipe de recherche « Ingénierie et outils numériques » de CESI LINEACT. Il a rejoint CESI École d’Ingénieurs en 2011 en tant qu’enseignant-chercheur.
Comment est née ton envie de faire de la recherche ?
Tout a commencé lors d’un stage dans un laboratoire de recherche en chimie théorique et ensuite pendant mon projet de fin d’études, avec un projet de recherche et développement autour du traitement d’images appliqué aux bétons. Je suivais alors un double diplôme d’ingénieur et de DEA, l’équivalent de l’actuel master 2 recherche, dans le domaine des matériaux.
Après une première expérience en entreprise comme ingénieur dans le numérique, j’ai rejoint une autre école d’ingénieur, l’ESIGELEC en tant qu’ingénieur de recherche. C’est là que j’ai réellement découvert le monde de la recherche, notamment dans le domaine de l’électronique. J’ai ensuite eu l’opportunité de réaliser une thèse, dirigée par Bélahcène, tout en étant salarié de cette structure, ce qui m’a conduit à me spécialiser en compatibilité électromagnétique et plus spécifiquement dans le domaine des champ proches, puis à poursuivre une carrière d’enseignant-chercheur.
Ce parcours ne correspondait pas à un projet défini à l’avance. Il s’est construit progressivement, à travers des opportunités, des rencontres et surtout beaucoup de curiosité. J’avais initialement une formation d’ingénieur matériaux, puis une expérience en informatique : cela montre aussi qu’un parcours professionnel peut évoluer et qu’il est possible de se réorienter vers de nouveaux champs de recherche.
Lorsque j’ai rejoint CESI École d’Ingénieurs en 2011, j’ai ainsi effectué une nouvelle mobilité thématique en contribuant au démarrage de la recherche dans les domaines du génie industriel et de l’informatique.
Sur quels sujets portent aujourd’hui tes travaux de recherche ?
En 2014, à travers l’encadrement d’une première thèse, nous avons commencé à développer à CESI École d’Ingénieurs des activités de recherche autour de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle (XR) pour des applications dans l’industrie. Ces travaux ont ensuite été étendus au domaine du BTP.
Ces recherches nous ont progressivement conduit vers la question du jumeau numérique. Il peut s’agir, par exemple, de la représentation numérique d’un équipement, d’un système de production, d’un bâtiment ou encore d’un chantier de construction. L’un des objectifs de nos recherches est de pouvoir interfacer ces jumeaux numériques avec des dispositifs de XR afin de permettre à des experts, des opérateurs ou des apprenants d’interagir avec ces environnements. Cela peut faciliter la collaboration à distance, mais aussi permettre de se former dans des environnements numériques sans risque, d’explorer différentes situations ou de tester différentes conceptions avant leur déploiement sur un système réel.
Aujourd’hui, nos recherches portent notamment sur la manière dont les utilisateurs peuvent interagir avec ces jumeaux numériques, mais aussi sur leur conception : comment formaliser les connaissances métier, connecter les différents outils et concevoir des architectures permettant de créer des solutions réellement utilisables dans l’industrie, la formation et d’autres secteurs.
Il reste encore plusieurs défis à relever, notamment en matière de performances, d’interactions, de continuité numérique ou d’intégration de concepts émergents tels que les multi-jumeaux numériques et les jumeaux numériques cognitifs. L’un des enjeux est aussi de permettre aux professionnels d’intégrer leurs connaissances et de configurer ces outils sans devoir systématiquement passer par des développements informatiques spécifiques. C’est notamment tout l’intérêt des approches low code et no code.
Ces travaux se concrétisent notamment à travers des projets comme le projet JENII, pour « Jumeaux d’Enseignement Numérique Immersif et Interactif », qui a permis à plus de 6000 étudiants, enseignants et chercheurs de CESI de bénéficier ou de contribuer au développement des jumeaux numériques immersifs de deux plateformes technologiques de CESI École d’Ingénieurs : l’une orientée vers l’industrie 5.0 et l’autre vers la fabrication additive métallique.
Ils se poursuivent également à l’échelle européenne avec le projet ERASMUS+ VLF4EU, Virtual Learning Factory for Europe, ainsi qu’au niveau national dans le cadre du programme Engineering Digital Twin, opéré par l’INRIA.
Quels sont, selon toi, les grands enjeux de recherche pour les années à venir ?
Ce qui me motive aujourd’hui dépasse mes propres travaux de recherche et ceux menés en collaborations avec mes pairs. Il y a également tout le développement de l’activité de recherche à CESI École d’Ingénieurs.
Nous avons connu une forte dynamique de développement, avec désormais plus d’une centaine d’enseignants-chercheurs et plus de 65 doctorants travaillant au sein de 4 départements de recherche.
L’objectif est de poursuivre le développement d’une recherche appliquée au service de la société et des territoires, capable également de répondre aux grands enjeux de transition.
Nous avons beaucoup parlé de transition numérique, mais il existe aussi des enjeux liés à la transition environnementale et à la transition énergétique. Ce sont des dimensions qui imprègnent de plus en plus nos activités de recherche.
L’intelligence artificielle constitue également un sujet important. Nous l’intégrons notamment dans nos travaux autour des jumeaux numériques, mais son utilisation soulève aussi des questions essentielles autour de la souveraineté, de la frugalité ou encore de l’éthique.
Ce sont des sujets que nous devons prendre en compte aussi bien dans nos travaux de recherche que dans nos usages quotidiens.
Le mot de la fin de David:
La rigueur, la curiosité et l’ouverture d’esprit sont, selon moi, des compétences particulièrement importantes dans le domaine de la recherche.
David BAUDRY