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Et si les gants usagés des chantiers pouvaient devenir une ressource pour le bâtiment ? C’est le pari d’Alexis Le Dez, jeune ingénieur diplômé de CESI Brest. Dans le cadre de son projet de fin d’études réalisé en alternance chez GCC, il a développé ISOGANTS, un projet visant à transformer des gants anti-coupure usagés en une fibre textile destinée à l’isolation. Une innovation née du terrain, à la croisée de l’économie circulaire et du secteur du BTP.

Une idée née sur un chantier brestois

Alexis Le Dez vient de terminer son parcours ingénieur à CESI Brest : deux années de prépa intégrée, suivies de trois années de cycle ingénieur BTP en alternance au sein de GCC.

Pendant son alternance, il a exercé comme ingénieur travaux, d’abord en conduite de travaux puis comme chargé d’affaires. C’est justement au contact du terrain qu’est née l’idée de son projet de fin d’études.

Lors d’un chantier de gros œuvre pour une résidence seniors à Brest, d’un montant de 3,3 millions d’euros, Alexis s’intéresse à la quantité de gants anti-coupure utilisés par les compagnons.

Sur ce chantier de 18 mois, avec huit compagnons en moyenne, plus de 2 000 paires de gants ont été commandées, pour un montant d’environ 4 500 euros.

Cette consommation s’explique notamment par les conditions de travail : humidité, saleté et usure conduisent les compagnons à changer régulièrement de gants.

Mais cette utilisation intensive soulève une autre question : que deviennent tous ces gants une fois usagés ?

Des gants partout, mais une nouvelle question : que peut-on en faire ?

En échangeant avec d’autres professionnels, Alexis constate que cette problématique se retrouve sur de nombreux chantiers.

Il existe déjà des initiatives de recyclage des EPI. Le programme RightCycle d’Ansell, par exemple, permet de collecter et valoriser certains EPI éligibles.

Mais Alexis cherche une autre voie : et si ces gants pouvaient devenir une ressource pour le bâtiment lui-même ?

Il s’intéresse alors à leur composition.

Les gants anti-coupure sont constitués de plusieurs matériaux, notamment de fibres textiles conçues pour leur résistance à la coupure. Ils peuvent également présenter des souillures liées à leur utilisation sur les chantiers.

Cette diversité constitue à la fois une caractéristique du déchet et l’un des défis du projet.

Alexis identifie cependant une piste : les fibres textiles peuvent être utilisées dans certaines solutions d’isolation.

L’idée d’ISOGANTS prend alors forme : transformer les gants usagés en une matière fibreuse susceptible d’être utilisée pour produire un matériau isolant.

De la cuisine au chantier : l’expérimentation comme méthode

Pour transformer les gants, Alexis doit d’abord résoudre un problème essentiel : comment les broyer ?

Les fibres qui composent les gants sont très resserrées entre elles. Les premières expérimentations ne donnent pas les résultats attendus.

Alexis essaie alors différentes solutions, avec les moyens du bord : un broyeur de cuisine, puis une tondeuse à gazon.

Sans succès. Mais il poursuit ses recherches.

Au détour d’une balade sur un marché, il découvre un système de pierres poreuses tournant à très grande vitesse pour affûter les couteaux. Il s’intéresse au principe et décide de tester un touret d’affûtage acheté d’occasion.

Cette fois, le résultat est différent : la vitesse élevée permet d’ouvrir les fibres et de les désolidariser suffisamment pour obtenir une fibre textile exploitable.

Une première étape décisive dans le développement d’ISOGANTS.

Des premiers résultats thermiques encourageants

Gants de chantier usagés et fibres recyclées pour fabriquer un isolant

Une fois la fibre obtenue, Alexis doit vérifier si elle présente des propriétés intéressantes pour l’isolation.

Il réalise alors un test comparatif sur des maquettes réelles, en observant notamment l’évolution de la température. Les premières mesures permettent d’estimer une conductivité thermique et une résistance thermique suffisamment intéressante. Ces résultats constituent une première étape encourageante pour le projet.

Ils ne permettent toutefois pas encore de considérer ISOGANTS comme un isolant commercialisable. Avant toute utilisation dans le secteur du bâtiment, le matériau devra notamment être caractérisé et faire l’objet des essais et certifications nécessaires, notamment concernant ses performances thermiques et acoustiques ainsi que son comportement au feu.

Transformer un déchet en ressource : la collecte au cœur du projet

Pour Alexis, l’innovation ne se limite pas au procédé de transformation. Il faut également réfléchir à la manière de récupérer les gants directement sur les chantiers.

Son idée est simple : installer un bac dans le bureau du chef de chantier ou prévoir un sac dédié dans les véhicules pour les chantiers mobiles.

L’objectif est de rendre la collecte visible, simple et facile à intégrer aux habitudes des compagnons, sans investissement lourd.

Cette organisation pourrait également contribuer à garder les zones de travail plus propres.

Les gants collectés pourraient ensuite être orientés vers une filière de transformation.

Le principe d’ISOGANTS est ainsi celui d’une boucle d’économie circulaire : collecter un déchet là où il est produit et chercher à lui donner une nouvelle valeur dans le même secteur d’activité.

Une innovation protégée et un projet qui continue après le diplôme

Tout au long de son projet de fin d’études, Alexis a échangé avec son responsable chez GCC sur l’avancement de ses recherches.

Le projet ISOGANTS fait aujourd’hui l’objet d’un brevet et d’un concept déposé à l’INIPI.

Alexis participera également au concours de l’innovation organisé par GCC.

Et son parcours au sein de l’entreprise se poursuit : après trois années d’alternance, il vient d’être recruté en CDI chez GCC.

Son objectif est désormais de poursuivre le développement d’ISOGANTS et de réunir les moyens nécessaires à son industrialisation.

Les prochains défis : passer du prototype à une solution industrialisable

 Jeune ingénieur tenant des fibres issues de gants de chantier usagés

Plusieurs étapes restent encore à franchir.

La première consiste à homogénéiser la fibre obtenue, alors que les gants collectés peuvent présenter des compositions différentes et être plus ou moins souillés.

Il faudra également parvenir à automatiser le procédé pour traiter des volumes importants, puis réaliser l’ensemble des essais nécessaires avant d’envisager une utilisation dans le bâtiment.

Pour poursuivre ces travaux, Alexis envisage notamment une levée de fonds et la recherche d’un partenaire industriel.

L’ambition est de faire évoluer ISOGANTS vers une solution cohérente avec les enjeux d’économie circulaire du secteur de la construction.

ISOGANTS est un projet qui me tient particulièrement à cœur. Je suis fier du chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui, car malgré les difficultés rencontrées, pouvoir présenter cette innovation est déjà une première victoire, même si le plus dur reste encore à faire.  Alexis

Une innovation née de l’alternance

Le parcours d’Alexis illustre aussi la manière dont une formation d’ingénieur peut faire émerger des projets directement connectés aux problématiques de l’entreprise.

Après deux années de prépa intégrée, il a poursuivi trois années de cycle ingénieur BTP à CESI Brest en alternance chez GCC. Ses expériences en conduite de travaux et en gestion d’affaires lui ont permis de développer une connaissance concrète du terrain.

Son projet de fin d’études lui a ensuite donné l’occasion de transformer une observation faite sur chantier en problématique d’innovation, puis en prototype.

Avec ISOGANTS, Alexis montre qu’une idée d’ingénieur peut parfois commencer par une question très simple : que pourrait-on faire autrement avec ce que nous considérons aujourd’hui comme un déchet ?